Mise en situationAu Japon, un koinobori est une manche à air en forme de carpe que l’on suspend traditionnellement à l’approche du 5 mai, la fête des enfants, Kodomo no Hi. La carpe représente le courage, la force et la persévérance. Elle exprime le souhait que les enfants grandissent assez forts pour faire face aux difficultés qui les attendent.
Pourquoi avoir choisi une carpe plutôt qu’un autre poisson ?
La carpe est capable de remonter un courant. C’est ce trait, plus que sa beauté, qui lui a donné une place particulière dans l’imaginaire japonais. Une légende raconte qu’une carpe franchit une cascade après avoir lutté contre les eaux et devient un dragon. Au Japon, on connaît cet épisode sous le nom de Tōryūmon, la Porte du Dragon.
La légende n’est pas la promesse d’une victoire facile. Elle raconte au contraire la fatigue, le courant contraire et l’obstination. Lorsque les familles suspendent des carpes au printemps, elles adressent à leurs enfants un vœu de persévérance. Cela me semble infiniment plus touchant qu’un simple souhait de réussite.
Pourquoi les koinobori apparaissent-ils le 5 mai ?
Le 5 mai est aujourd’hui la fête nationale des enfants au Japon. Elle s’est développée à partir de Tango no Sekku, une fête saisonnière autrefois consacrée aux garçons. En 1948, Kodomo no Hi est devenu un jour férié célébrant les enfants et leur bonheur, ainsi que la reconnaissance envers les mères.
Avant cette évolution, les familles dressaient des bannières puis des carpes de tissu pour leurs fils. Les koinobori sont restés. On les voit devant les maisons, dans les jardins et, parfois, par centaines au-dessus des rivières. Leur présence annonce le printemps aussi sûrement que certaines floraisons.
Les couleurs ont-elles une signification précise ?
Dans un ensemble familial, la grande carpe noire représente souvent le père. La carpe rouge a pu désigner le fils aîné dans d’anciennes dispositions, puis la mère ; d’autres couleurs sont venues représenter les enfants. Ces usages ont changé avec le temps. Il ne faut donc pas présenter un code de couleurs comme une règle immuable.
Aujourd’hui, un rouge peut être choisi parce qu’il répond à un bleu, ou parce qu’un motif floral en a besoin. Pour un créateur, les couleurs ne sont pas obligées de raconter une généalogie. Elles peuvent suivre un dessin, une saison, une idée. Connaître la tradition laisse précisément la liberté de distinguer ce qui lui appartient de ce que l’on invente.
Comment une carpe en tissu peut-elle voler ?
La bouche du koinobori forme une ouverture. Le vent y entre, remplit le corps de tissu et le tend vers la queue. Le poisson pivote selon la brise. Les nageoires accompagnent le mouvement. Sans vent, le corps se relâche ; quand l’air revient, on dirait qu’il reprend sa nage.
C’est probablement ce qui m’a plu enfant : quelques morceaux de tissu et une tige de bambou suffisaient à changer la silhouette du ciel. Rien à actionner, rien à expliquer. Il fallait seulement attendre un peu de vent.
Quel lien personnel ai-je avec le koinobori ?
Enfant, au Japon, j’attachais de petits koinobori au bout de tiges de bambou. Des amis japonais de mon père m’en avaient offert pour la fête des garçons. J’ignorais qu’ils me retrouveraient bien des années plus tard.
Bien plus tard, le judo au Kodokan, puis une vie menée d’un continent à l’autre, ont donné au courage et à la persévérance de la carpe un sens plus personnel : je le raconte dans L’Atelier. Lorsque Catherine et moi dessinons un koinobori, ces souvenirs reviennent parfois, sans que nous les ayons appelés.
Peut-on apprécier un koinobori en dehors du Japon ?
Bien sûr. On peut respecter la signification culturelle d’un objet tout en lui trouvant une place dans un autre paysage. Un koinobori peut flotter dans un jardin au mois de mai, mais également ailleurs dans l’année, si les conditions d’installation le permettent. Il peut aussi rester suspendu à l’intérieur, où l’on regarde son dessin plutôt que son mouvement.
Chez BCDG, nous conservons la silhouette de la carpe et créons les motifs qui l’habillent. Ils se répartissent dans cinq mondes : Mer, Motifs, Hanami, Kaïro et Territoires. Nos dessins portent notre signature. La tradition japonaise nous donne une forme ; nos dessins suivent leurs propres chemins.
Le monde Mer montre comment un même support peut accueillir des paysages très différents, et notre guide explique comment installer un koinobori chez soi.
Alain
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